#7 Les Romains face au judaïsme, entre aversion et conversion

Mercredi 26 avril 2017 /// Auditorium du Musée Fabre /// 18h30


Katell BERTHELOT
Directrice de recherche au CNRS, responsable du programme ERC Judaism and Rome


L’arc de Titus à Rome, Katell Berthelot

Aux yeux des Romains, les Juifs et leurs rites, qualifiés de religio ou de superstitio, suscitaient généralement mépris ou indifférence. En 59 av. J.-C., dans un discours polémique où il défend Flaccus, accusé d’avoir confisqué à son profit des sommes d’argent envoyées par les Juifs d’Asie Mineure à Jérusalem, Cicéron s’en prend violemment au judaïsme et affirme que « leur genre de rites s’accorde mal avec la splendeur de cet empire, la gravité du nom romain et les institutions de nos ancêtres » (Pro Flacco 69). C’est toutefois surtout après la révolte des Juifs contre Rome, en 66-70 de notre ère, que se développe un véritable antijudaïsme romain, fondé d’une part sur des motifs politiques et d’autre part sur une incompréhension des pratiques et du monothéisme juifs. Au début du IIe siècle de n. è., l’historien Tacite dénonce les conversions au judaïsme comme entraînant non seulement le rejet des cultes traditionnels aux dieux de Rome, mais encore la rupture des liens civiques et familiaux. Si Tacite s’en prend à ceux qui se convertissent au judaïsme, c’est que ce dernier suscite aussi de la curiosité et de l’attirance chez certains Romains, tant dans l’aristocratie que dans la plèbe. À propos de la pratique du shabbat, le philosophe Sénèque (cité par Saint Augustin) aurait été jusqu’à affirmer qu’il était pratiqué par toute la terre, de sorte que « les vaincus ont donné leurs lois aux vainqueurs ». On s’attachera dans cette conférence à comprendre le rapport complexe et ambigu des Romains avec le judaïsme.

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